le 16/08/2007
"Tout ce que vous voulez que [les autres] fassent pour vous, faites-le de même pour eux"
Matthieu 7:12
Appliqué à la lettre, ce commandement sauverait peut-être des milliers de vies chaque jour. Et ruinerait peut-être des milliers de couples.
Cette réflexion m'est venue après maintes discussions avec mes amies, aussi révoltées les unes que les autres par ce que je "fais subir" à ma copine (entre autres, le fait de continuer à participer activement à la communauté alors que je suis en couple).
Je fais peut-être erreur, mais je suis fermement convaincu que la fille à qui je suis fidèle*, est réellement heureuse. (* : je reviendrai ultérieurement sur la notion de fidélité, qui est étroitement liée au thème de cet article)
Je suis heureux moi aussi, et pourtant notre relation n'est absolument pas "symétrique".
Je m'explique.Selon le mode de pensée dominant dans notre culture, une relation saine est une relation "équilibrée", c'est-à-dire une relation où par le biais de compromis, les deux amants/amoureux reçoivent de l'Autre autant qu'ils lui donnent.
C'était la thèse défendue par PilOuFace lors de notre discussion au Projet Touquet.
A mes yeux, cette opinion très répandue défie le bon sens. Pourquoi ?Sortons un peu du cadre de nos relations amoureuses : nous n'avons presque aucune relation épanouie d'humain à humain qui soit
symétrique.
- Nous sommes les enfants de nos parents, et les parents de nos enfants,
- Je suis le grand frère de ma petite soeur,
- J'ai été l'élève d'excellents professeurs, et j'ai aussi été le coach de mes étudiants,
- J'ai été l'employé de quelques patrons, avant de me mettre à mon compte,
- J'ai des amis très avisés qui sont toujours de bon conseil, et d'autres très fêtards qui savent remonter le moral, mais aussi d'autres un peu perdus qui cherchent de l'aide, et encore d'autres qui alternent les rôles...
- Et caetera.
Toutes ces interactions ont été très saines et m'ont apporté énormément de satisfaction et d'expériences positives, et il en est de même pour ceux avec qui j'ai interagi de cette façon. Pourtant, rien de cela n'est symétrique.
Evidemment, de temps à autre, on peut enseigner à ses professeurs, mais ça ne remet pas en cause la structure de la relation. Je parle de structure, pas de hiérarchie. Il ne s'agit pas de donner/recevoir davantage que l'autre, mais du fait qu'on donne autre chose que ce que l'on reçoit.
D'où ma conviction qu'une relation saine est une relation qui permet à chaque partie d'obtenir ce qu'elle attend et/ou ce dont elle a besoin.
Malheureusement, en cherchant à tout prix à donner à l'autre ce que NOUS recherchons, nous faisons preuve d'égoïsme. Tous ceux à qui il est arrivé de perdre une "fuck-friend" en voulant la convertir en petite amie, peuvent comprendre de quoi il s'agit.
Que recherchait-elle ? Du sexe, du fantasme, la "sécurité sexuelle" alliée à la liberté et au changement.
Que recherchions-nous ? Des SMS pleins de bisous partout, de petites attentions, et éventuellement une preuve d'affection/de possession.
Et qu'arrive-t-il quand on lui DONNE ce que NOUS voulons et qu'elle ne recherche pas du tout ? Ca tombe à l'eau.Autre scénario : vous avez une "meilleure amie" pour qui vous nourrissez en secret une affection plus qu'amicale.
Que cherche-t-elle auprès de vous ? De la compagnie, du soutien amical dans les moments durs... Eventuellement aussi, un moyen de transport pour l'amener au Macumba rencontrer d'autres mecs moins asexués que vous.
Que cherchez-vous ? Une intimité amoureuse/sexuelle.
Que se passe-t-il quand vous évoquez l'idée de "sortir ensemble" ? Elle répond, instinctivement, cette phrase standard des filles embarassées par ce genre de situation : "Je préfère qu'on reste amis".
Ma façon de gérer mes relations avec les autres a profondément changé quand j'ai commencé à m'intéresser davantage à ce que les autres recherchent dans laeur relation avec moi. Et cela inclut ma vie de couple.
J'ai tout simplement réalisé que ma capacité à obtenir ce que je recherche n'est pas liée à ma capacité à donner la même chose (symétrie) mais par ma capacité à combler les besoins/attentes de l'autre.
Comme toujours, vos commentaires/suggestions sont les bienvenus.
SBN
11 Commentaires Ajoutez un commentaire !
1. QuinteFlush | le 17/08/2007
Très bon article.
Il traduit une perception très fine, et que je trouve très juste, des relations humaines, ce qui donne de bonnes pistes pour progresser.
2. Kaizen | le 17/08/2007
Et comment connaitre les attentes des autres?
3. Tom | le 20/08/2007
SBN, j'adore tes articles.....ça m'aide a y voir clair, plus particulierement avec les autres, en ce qui concerne celui-la!
4. wings | le 26/08/2007
Merci. J'apprecie en particulier la derniere phrase:ma capacité à obtenir ce que je recherche n'est pas liée à ma capacité à donner la même chose (symétrie) mais par ma capacité à combler les besoins/attentes de l'autre.
5. SBN | le 28/08/2007
Thanks.
Kaizen, c'est une question qui mérite d'être développée dans un autre article :)
SBN
6. Lyne Achevez | le 15/09/2007
Artcle intéressant et assez juste auquel j'ajouterais toutefois un bémol. Je pense que la citation de Matthieu est à prendre à un niveau macro, c'est à dire un niveau élévé des relations humaines.
Si tu attends qu'on te respecte, respecte les gens ; si tu attends qu'on t'aime, commence par aimer ...
Maintenant comment aimer est tout un art, car il y a l'amour égoiste et le véritable amour. Et là je te rejoins Sébastien, aimer c'est connaître ou essayer de connaître la personne de son coeur assez afin de répondre à ses attentes et même les dépasser. Toutefois, il faut également choisir la personne à aimer, car l'amour véritable ça se mérite...
7. The_AlchimisT | le 05/10/2007
Salut
Tu dis: "Sortons un peu du cadre de nos relations amoureuses : nous n'avons presque aucune relation épanouie d'humain à humain qui soit symétrique." Et tu donne un certain nombre de relations pour illustrer le propos.
Ce qui me frappe - bien que tu cherches à t'en défendre par la suite- c'est le caractère absolument vertical de celles-ci:
le prof -> l'élève
parents -> enfants
patron -> employé
ami de bon conseil -> ami qui cherche de l'aide, etc
La deuxième chose que je remarque avec ces exemples c'est que pour chacun d'entre eux la relation a valeur de transfert: au sens où l'un des protagonistes transmet à l'autre la valeur sur laquelle se base cette relation verticale en sorte que les statuts tendent à s'équilibrer (un peu à la manière des vases communiquant).
-> Le prof dispense ses connaissances à son élève de manière à ce que la différence de savoir entre les s'estompe progressivement et que le prof, dans sa prééminence, ait de moins en moins de légitimité.
Le patron transfère de la richesse à son employé (on reste sur le principe, hein?).
Chose similaire pour les parents/enfants qu'avec prof/élève. Et aussi les deux amis.
D'où la question: est-ce que tu crois vraiment qu'une relation amoureuse basée sur ce principe puisse être pérenne???
Est-ce qu'une relation amoureuse dont le seul fondement est cette espèce de tension qui née de ce que POSSEDE l'un et qui est DESIRE par l'autre, n'est pas viscéralement condamnée à s'éteindre si l'échange se réalise? Ou à devenir le champs de bataille de celui qui veut conserver son pouvoir d'attraction en ne voulant rien lâcher et celui,frustré, qui n'obtient rien de ce qu'il avait espéré de cette relation?
Tu dis: " Il ne s'agit pas de donner/recevoir davantage que l'autre, mais du fait qu'on donne autre chose que ce que l'on reçoit."
-> c'est un peu le marché du Temple ce truc quand même!
Tu dis: "Malheureusement, en cherchant à tout prix à donner à l'autre ce que NOUS recherchons, nous faisons preuve d'égoïsme. Tous ceux à qui il est arrivé de perdre une "fuck-friend" en voulant la convertir en petite amie, peuvent comprendre de quoi il s'agit.
Que recherchait-elle ? Du sexe, du fantasme, la "sécurité sexuelle" alliée à la liberté et au changement.
Que recherchions-nous ? Des SMS pleins de bisous partout, de petites attentions, et éventuellement une preuve d'affection/de possession."
Et alors, que faut-il en conclure? Si je suis le raisonnement que tu sembles tenir, alors dans le cas présent il faudrait que le bonhomme, qui veut
une relation amoureuse rappelons-le, aille jouer à Tarzan avec sa dulcinée, lui fasse les 400 coups et reparte tranquille pour obtenir d'elle- qui ne veut que du sexe sans prise de tête, sans sentiment, sans engagement- les miscives enflammées et les moments de tendresses qu'il attend.
Congruence?
Tu dis: "J'ai tout simplement réalisé que ma capacité à obtenir ce que je recherche n'est pas liée à ma capacité à donner la même chose (symétrie) mais par ma capacité à combler les besoins/attentes de l'autre."
J'aurais aimé des précisions et peut-être quelques exemples concrets. Que ta capacité à combler les besoins des autres (sans le faire) te vaille de les avoir à la botte, je le conçois. Mais recevoir d'eux ce que tu recherches :s
8. SBN | le 05/10/2007
Salut The_Alchemist,
Merci d'apporter quelques éléments intéressants au débat. Je pense développer davantage cette discussion dans un prochain article, mais je me permets de rectifier tout de suite un point crucial de la fin de ton commentaire :
1 - quand je parle de capacité à combler les besoins des autres, il s'agit effectivement d'offrir aux autres ce qu'ils recherchent, et non pas de "faire croire" que je peux le faire. La parenthèse "(sans le faire)" que tu ajoutes est donc erronée.
2 - Je n'ai personne "à ma botte" et ne souhaite nullement obtenir ce type de relation *verticale*, pour reprendre ton expression.
J'ajouterais ceci : les relations que je cite ne sont PAS verticales. Crois-tu vraiment qu'une relation parent/enfant soit verticale ? Crois-tu que les enfants sont les seuls à tirer parti de leur relation avec leurs parents ? Ou que le "transfert" ne se fait que dans le sens parent/enfant ? Un regard rapide sur le comportement de mes parents avec mes grands-parents me montre le contraire ; les conversations que j'ai avec mes parents me montrent le contraire.
>> la relation patron/employé : ce n'est pas un transfert d'argent. C'est un échange consenti de valeur (le travail) contre une autre valeur recherchée (le salaire).
>> la relation élève/professeur est aussi un échange, de même que la relation auteur de cet article/lecteur. As-tu l'impression que notre échange ici est un "transfert vertical" ?
Quant au sujet concernant la conversion d'une fuckfriend en petite amie, c'est, comme la conversion d'une "meilleure amie" en petite amie, un débat beaucoup plus profond et les "techniques" pour y arriver sortent de la juridiction de cet article. Je fais ici simplement le constat que donner (affection/tendresse/etc) n'équivaut pas à "être en droit de le recevoir".
Qu'entends-tu par "le marché du temple" ? Où est le rapport avec l'évangile selon Saint Jean ?
SBN
9. The_AlChImIsT | le 30/10/2007
Salut
Les relations dont tu parles sont caractérisées par le fait qu'un des protagonistes détient sur l'autre un pouvoir. Soit du simple fait qu'il dispose d'une ressource qui est nécéssaire à l'autre (alors que l'autre lui apporte quelque chose qui lui est moins essentiel). Il est donc en mesure de le faire "chanter" (qu'il le fasse ou pas n'est absolument pas le problème). Soit parce-qu'il dispose carrément d'un pouvoir coercicif contre l'autre (force physique, capacité de punir (cas des parents), ou d'infliger une sanction de par sa position (cas du patron) ). Ce SONT des relations de pouvoir. L'idée c'est que lorsque les forces en présence ne sont pas égales, la relation est FATALEMENT hiérarchique.
Je ne signifie pas qu'elles ne peuvent pas apporter à ceux qui les vivent, des choses positives. Je ne dis pas non plus qu'un professeur ne puisse pas LUI AUSSI retirer de sa relation avec ses élèves et se réjouir de les voir réussir (encore que souvent les gens nourrissent à cet égard un plaisir très narcissique: "c'est grâce à MOI s'il réussit". Un peu de la branlette. Mais bon, on peut très bien être content de voir quelqu'un réussir sans cette vanité). Même chose pour un parent. Tous les "dominants" de toutes les relations que tu as citées peuvent, c'est vrai, retirer de multiples plaisir eux aussi.
Ce que je dis, c'est que si la STRUCTURE de la relation se RESUME à ce rapport HIERARCHIQUE (ne t'en déplaise car c'est bien toi qui as dit: "Evidemment, de temps à autre, on peut enseigner à ses professeurs, mais ça ne remet pas en cause la structure de la relation.". Hiérarchie induit par la verticalité du rapport donc), alors il va arriver un moment où le "dominé"/"receveur" va être complètement asphyxié par cette structure. Ou tenu en laisse (si partenaire mal-intentionné. Et là on passe alors à une relation de domination pure et dure...). Je ne dis pas qu'à partir de là les deux personnes doivent forcément se séparer. Ce que je dis c'est que lorsqu'une relation de ce type a porté ses fruits, lorsque ce pour quoi elle a été initiée s'est finalisé, lorsqu'elle perd sa raison d'être, alors elle devient nuisible et ELLE DOIT MOURRIR. Et il faut à partir de ce moment là redéfinir totalement les bases du rapport.
Et je souligne au passage que derrière toute cette utopie théorique il y a aussi une triste réalité: c'est que là où il y a du pouvoir, il y a de l'abus de pouvoir.
Voilà ce que je dis.
Bon tout ça, ça constitue un premier aspect du problème.
Un deuxième aspect du problème tient dans le fait de considérer une relation basée UNIQUEMENT sur l'échange de valeurs (je vais supposer ici qu'au niveau hiérarchique, les choses sont à peu près équilibrées). Echange de valeurs entre personnes de même rang, donc. C'est bien ce dont il est question, quand tu dis:
C'est à dire concrètement qu'une relation saine se définit par un "échange de bons procédés" entre personnes mues par leur intérêt personnel et qui contractent en conséquence un certain type de rapport d'échange.
Admettons que j'ai une fuite d'eau dans ma salle de bain: j'appelle un plombier qui vient effectuer une réparation (VALEUR 1) en échange d'une certaine somme d'argent (VALEUR 2). On a ici une relation client/prestataire de service (et non pas patron/employé, hein?).
D'une manière générale procurer à l'autre quelque chose EN ECHANGE d'une autre, définit typiquement une relation commerciale. Je vais pas faire tout un exposé sur les dérives possibles de ce genre de rapport, le monde nous en fournit des millions d'exemples.
Simplement je ne crois vraiment pas que les relations hommes/femmes (et les relations amoureuses en particulier) puissent se résumer à des relations commerciales. Tu ne peux pas réduire ça à une relation où chacun serait là pour compléter les manques de l'autre, le "soigner", "lui apporter ce dont il a besoin" en négociant que l'autre fasse de même pour toi!
Et je te faisais aussi remarquer dans mon post précédent qu'une relation de ce type étant alimentée par des intérêts personnels, lorsque les intérêts de l'un ou l'autre ne justifient plus le maintient de cette relation, elle se tarie immédiatement.
Bien! Donc voilà pour le deuxième aspect du problème.
En résumé: aspect n°1 et aspect n°2 ont largement conditionné le premier post que je t'ai envoyé.
Tu dis que pour toi une relation amoureuse est une relation où les échanges ne sont pas nécéssairement symétriques. OK. C'est bon pour moi. Mais tu vas plus loin et tu dis, plus ou prou, que cette relation amoureuse EST une relation d'échange, elle se définit par l'échange. Je te réponds que la somme de deux égoïsmes ne forment jamais une réciprocité. L'ECHANGE n'est pas le PARTAGE.
10. SBN | le 07/11/2007
Salut
Je ne vais pas en faire un détail point par point, car ce qui est flagrant dans tout ce que tu as écrit, c'est que tu as un paradigme entièrement différent du mien : tu considères, semble-t-il les "rapports de force" et les "jeux de pouvoir" comme le nerf de toutes les relations.
Je ne suis pas du tout d'accord avec cette vision des choses. Mon point de vue est plutôt celui de la Communication Non Violente (CNV : cf. livres de Marshall Rosenberg, faciles à lire et très concis). Personne n'exerce de pouvoir au sein d'une relation au sens où tu l'entends dans ton commentaire : dans mon article il s'agit bien de [b]donner [/b](sans espérer/mériter/pouvoir exiger de contrepartie).
SBN
11. Venusian | le 26/03/2008
Bonjour
Ton article est intéressant. Il faut aussi prendre en compte les différences homme / femme. En effet si en tant qu'homme on donne a la femme ce qu'on attendrait d'elle on va se planter aussi.
Un homme a par exemple besoin de se sentir utile, d'être valorisé. Vous comprendrez aisément que si on donne a la femme ce dont on attend d'elle ça va pas marcher; il ne faut en aucun cas l'encenser et la valoriser...
Réagir à cet article